Dans le township poussiéreux d’Amarapura, près du fleuve Ayeyarwady en Birmanie, Linn Linn, une femme trans, assume le rôle de nat kadaw, ou médium spirituel, lors d’une cérémonie privée de nat pwè. Les cheveux ondulés relevés, elle danse au son de la musique nat, entrant dans un état proche de la transe et offrant des bénédictions à ses fidèles.

En Birmanie, les nat kadaws étaient traditionnellement des femmes, transmettant le rôle de mère en fille. Cependant, depuis les années 1980, la profession a vu affluer des meinmashas, des personnes de genre fluide, dont beaucoup ont été assignées hommes à la naissance et s’identifient comme femmes. Ce changement a conduit à une idée reçue occidentale confondant les nat kadaws avec des personnes homosexuelles.

La société bouddhiste conservatrice de la Birmanie stigmatise l’homosexualité, la considérant comme une punition karmique. Bien que rarement appliquée, une loi datant de l’époque coloniale la juge toujours illégale. Malgré cela, les nat kadaws jouent un rôle essentiel en comblant le fossé entre le monde humain et le surnaturel, offrant des conseils et recevant le respect lors des cérémonies nat pwè.

Pour les meinmashas, devenir nat kadaws est une voie vers la liberté, l’acceptation et la dignité, offrant un répit face à la discrimination sociale. Si le nat pwè offre une atmosphère libératrice, la discrimination persiste dans la vie quotidienne. Le parcours de Linn Linn, comme celui de nombreuses femmes trans en Birmanie, reflète la résilience et l’appel spirituel qui les poussent à embrasser leur identité de nat kadaws.

Alors que la communauté LGBTQ+ trouve refuge dans les nat pwès et les sanctuaires nat, les nat kadaws femmes cisgenres ont vu leur rôle diminuer. Les temps ont changé, et les Meinmashas sont désormais souvent perçues comme plus capables de plaire aux esprits. Toutefois, ce changement souligne aussi la discrimination persistante à laquelle sont confrontées les nat kadaws femmes cisgenres.

En Birmanie, où il n’existe aucun décompte officiel de la population LGBTQ+, la profession de nat kadaw offre une possibilité d’emploi unique aux femmes trans, leur permettant d’assumer leur identité tout en fournissant un service spirituel essentiel. Ces nat pwès, marqués par la suspension des normes sociales, deviennent des sanctuaires d’acceptation et de célébration de l’identité pour la communauté trans de Birmanie.

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