Le rêve d’Hemant Kumar d’une vie simple, avec un mari aimant, une fille adorée et la respectabilité qui accompagne le fait d’être un homme de famille traditionnel dans l’Inde des petites villes, a longtemps relevé de l’espoir lointain. Cependant, la décision historique de 2018 de la Cour suprême de l’Inde de dépénaliser l’homosexualité a redonné vie aux rêves de millions de personnes LGBTQ+ comme Kumar vivant dans des villes à travers le pays.
Kumar, un étudiant de 21 ans vivant à Jamshedpur, ville sidérurgique de l’est de l’Inde, ose désormais imaginer trouver l’amour, vivre ouvertement avec un partenaire et élever un enfant sans l’ombre de la peur. « Depuis mon enfance, dans ma famille et dans ma société, tout le monde a une famille. Donc, en moi, il y a un père qui veut un enfant », a confié Kumar.
Si le cadre juridique de l’Inde soutient désormais les relations entre personnes de même sexe, les sujets LGBTQ+ restent tabous dans de nombreux milieux socialement conservateurs du pays. La discrimination continue de peser lourdement sur la vie LGBTQ+ rurale, tandis que les mariages forcés et les thérapies de conversion persistent.
Koyel Ghosh, administratrice déléguée de Sappho for Equality, une organisation qui défend les droits des lesbiennes, des femmes bisexuelles et des hommes trans, note : « En matière de droits civiques, en matière de droits fondamentaux, je ne pense pas qu’il se fasse grand-chose. » La nouvelle ouverture a introduit de nouveaux défis, en particulier pour les jeunes personnes LGBTQ+ qui sont parfois confrontées à des violences familiales.
Les vents du changement
Le jugement de la Cour suprême de 2018 a marqué un tournant, libérant les personnes LGBTQ+ dans les grandes villes et nourrissant l’espoir que le changement se diffuserait dans tout le pays. Avant cette décision, sortir avec quelqu’un ou faire son coming out pour des personnes comme Kumar, vivant dans de petites villes comme Seraikela, était inimaginable. Mais après la dépénalisation, il a trouvé le courage de faire son coming out auprès d’amis proches et a découvert une communauté soutenante.
Au-delà de la simple liberté juridique, des dizaines de villes, loin des centres métropolitains de l’Inde, ont organisé des marches des fiertés célébrant la culture LGBTQ+. La National Medical Commission a interdit la thérapie de conversion en 2022, la qualifiant de « faute professionnelle ». Le secteur des affaires s’adapte lui aussi à l’évolution du contexte en promouvant l’inclusion par le biais de l’« Indice d’égalité au travail ».
Les réseaux sociaux bruissent d’événements LGBTQ+, des soirées en club aux festivals de cinéma, permettant aux individus de partager ouvertement leur identité avec leurs amis et leur famille. Les écoles intègrent les questions LGBTQ+ aux programmes et prennent des mesures pour protéger les élèves LGBTQ+ du harcèlement.
La route à venir
La bataille pour la dépénalisation étant remportée, le prochain objectif des militants LGBTQ+ en Inde est la légalisation du mariage entre personnes de même sexe. Une décision de justice sur cette question est attendue prochainement, 18 jeunes couples ayant saisi la Cour suprême pour obtenir une reconnaissance.
Si les attitudes à l’égard des relations entre personnes de même sexe se sont améliorées, les défis persistent. Les récents crimes commis contre des personnes LGBTQ+, en particulier au sein de la communauté trans, soulignent la lutte continue pour l’acceptation. Le combat pour le mariage entre personnes de même sexe, qui touche à l’adoption, aux soins de santé et aux retraites, se heurte à l’opposition du gouvernement.
Selon les mots de Menaka Guruswamy, avocate défendant les droits LGBTQ+, ce combat représente une quête pour un « bouquet de droits » pour les couples LGBTQ+. Le gouvernement soutient que la légalisation du mariage entre personnes de même sexe reflète des « points de vue élitistes urbains » incompatibles avec le concept traditionnel de la famille indienne.
Comme l’observe Anand Chandrani, fondateur de Sarathi Trust, une organisation communautaire LGBTQ+ à Nagpur, « notre lutte n’est pas encore terminée ». Dans un pays où le mariage revêt une importance profonde, le chemin vers une pleine acceptation et l’égalité se poursuit.






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