Dans le monde du cinéma, où les clichés du lycée sont souvent ressassés, la réalisatrice Emma Seligman casse les codes avec sa dernière création, « Bottoms ». Cette comédie adolescente audacieuse assume l’inattendu, mettant en scène PJ et Josie, deux « gouines moches et sans talent » qui montent un club de bagarre après les cours dans le seul but de draguer des pom-pom girls. C’est un film qui met les conventions K.-O., avec des profs lisant des magazines pornographiques en classe, des personnages qui prétendent être « émancipés », et une bande-son qui ravive la nostalgie de « Complicated » d’Avril Lavigne.
Le parcours pour porter « Bottoms » à l’écran a été loin d’être facile. Seligman et la coscénariste Rachel Sennott, qui joue aussi PJ, ont imaginé le projet il y a six ans. Rejeté par de nombreux studios, il a fini par trouver refuge chez Orion Pictures, un studio qui en a compris l’attrait singulier. Seligman se souvient : « Si vous avez accepté de faire ce film — que vous le financiez, que vous soyez acteur ou membre de l’équipe — vous saviez dans quoi vous mettiez les pieds. »
L’époque du film reste volontairement floue, avec des téléphones à clapet et des lecteurs CD Walkman, ce qui lui permet d’exister dans un espace intemporel. Seligman voulait intégrer des personnages queer dans les différentes décennies des films pour ados, offrant ainsi un regard nouveau sur la représentation.
« Bottoms » ne fuit pas ses thèmes queer, et Seligman s’est inspirée d’anciens classiques queer. Elle souligne l’influence de « Jennifer's Body », en insistant sur l’importance de montrer deux adolescentes s’embrassant dans un élan de désir plutôt que dans une simple logique d’exercice.
Bien que le film comporte une scène de sexe, Seligman a privilégié la suggestion plutôt qu’un contenu explicite, soulignant la difficulté de trouver le bon équilibre. Elle explique : « Je me suis dit, bon, il faut voir quelque chose qui montre que le personnage a atteint son objectif avant que tout ne parte en vrille. »
L’un des thèmes centraux du film est la manipulation de la culture de l’« émancipation », en remettant en question le récit conventionnel des amitiés féminines solidaires. Seligman et Sennott ont voulu dépeindre des personnages prêts à tordre cette idée plutôt qu’à s’y conformer.
De chouchoute de l’indé à l’attention d’Hollywood
Le parcours d’Emma Seligman dans l’industrie du cinéma a commencé avec son premier long métrage, « Shiva Baby », une comédie concise et étouffante qui a été remarquée malgré son petit budget. Ce fut un succès surprise, qui lui a valu des distinctions et l’a propulsée sous les projecteurs. Elle revient sur le soutien inattendu qu’il a suscité en ligne, principalement de la part de jeunes, de communautés queer et de jeunes femmes.
Avec « Bottoms », Seligman est passée à une production nettement plus importante, affrontant les défis d’un changement d’échelle et la direction d’une équipe plus nombreuse. Le budget du film, de 11,3 millions de dollars, marquait une rupture avec ses débuts indé avec « Shiva Baby ».
Alors que ses films, « Shiva Baby » et « Bottoms », sont sortis à peu de temps d’intervalle, Seligman se trouve désormais dans une « phase d’idéation », en réfléchissant à son prochain projet. Elle apprécie sa collaboration avec les membres clés de son équipe et laisse entendre la possibilité de futures entreprises. Mais lorsqu’on l’interroge sur l’attrait des immenses franchises hollywoodiennes comme Marvel, Seligman reste ouverte mais prudente, exprimant le souhait que tout projet soit « vraiment gay ».
« Bottoms » est déjà sorti au Royaume-Uni et en Irlande et sortira en Australie le 30 novembre. La voix singulière d’Emma Seligman dans le cinéma continue de bousculer les conventions et de repousser les limites de la représentation.







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