Au cœur des Kew Gardens de Londres, une histoire remarquable se déploie sous la vaste canopée de la Temperate House. Ruizia mauritiana, un arbuste jadis tenu pour éteint aux feuilles en forme de cœur, est un symbole de résilience. Longtemps considérée comme ne produisant que des fleurs mâles, cette plante a fait l’objet d’une découverte révolutionnaire par des scientifiques des Kew Gardens : son sexe dépend de la température, avec des fleurs mâles par temps chaud et des fleurs femelles dans des conditions plus fraîches.
Cette révélation n’est qu’un des récits captivants de Queer Nature, un festival à Kew qui explore la riche tapisserie des plantes et des champignons, ainsi que leur profonde connexion avec la communauté LGBTQ+. Le monde de la botanique et l’identité LGBTQ+ se croisent à travers le langage, car de nombreuses plantes à fleurs présentent à la fois des structures reproductrices mâles et femelles, souvent décrites comme bisexuelles ou parfaites.
Les champignons, avec leurs innombrables types d’accouplement, partagent la vedette avec les agrumes, connus pour leur capacité à passer d’une reproduction sexuée à une reproduction asexuée, et les avocats, qui ouvrent leurs fleurs deux fois, favorisant la diversité génétique. L’installation House of Spirits de l’artiste Jeffrey Gibson, inspirée par son héritage choctaw-chérokee et les écrits de l’activiste gay Derek Jarman, rend hommage à cette liberté naturelle. Gibson estime que la nature offre un contraste libérateur face aux contraintes sociales qui limitent l’expression humaine.
Des groupes de jardinage LGBTQ+ ont fleuri à travers le Royaume-Uni, explorant des sujets allant du jardinage communautaire à la justice environnementale. Queer Botany, fondé par Sixto-Juan Zavala, trouve son inspiration dans la diversité de la nature, en mettant en lumière la dimension queer inhérente à la reproduction sexuée et asexuée des plantes. Zavala souligne que les constructions sociales imposées à la fois aux humains et à la nature ne parviennent souvent pas à saisir la diversité innée que l’on trouve dans le monde non humain.
Le lien entre les plantes et la communauté LGBTQ+ remonte loin dans l’histoire, inspirant poètes, artistes et militants. Dans la Grèce antique, Sappho a écrit des poèmes sur les femmes entrelacés de références aux fleurs, tandis que les œillets verts d’Oscar Wilde sont devenus un symbole de l’homosexualité en 1892. En 1970, un groupe féministe lesbien radical de New York a adopté le nom de Lavender Menace, s’inspirant d’une fleur violette commune.
Ces liens continuent de prospérer aujourd’hui. Reti, l’autrice de Garden Variety D*kes, célèbre les jardinières lesbiennes et leur rôle dans la construction d’une culture singulière. Malgré l’évolution des temps, le jardinage demeure une composante importante de la communauté lesbienne, offrant un espace d’émancipation et d’expression de l’identité.
Alors que Queer Nature ouvre ses portes aux Kew Gardens, l’événement témoigne de la relation durable entre la communauté LGBTQ+ et le monde vibrant des plantes. À une époque marquée par le changement climatique et l’insécurité alimentaire, ces liens botaniques demeurent une source d’inspiration et d’unité.
Queer Nature se déroule aux Kew Gardens, à Londres, du 30 septembre au 29 octobre.







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